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Partage d'expérience : Imane Ayissi, en collaboration avec le Centre des Créateurs de Mode du Cameron, anime depuis 7 ans des ateliers de formation à destination des jeunes professionnels de la Mode. Ces workshops créatifs se déroulent au Collège Notre de Dame des Victoires de Mvog Ada à Yaoundé. Cette année des professeurs de modélisme du collège se sont joint aux jeunes créateurs pour suivre cette semaine de formation.

« Si on ne connaît pas l’histoire de son pays, ça se voit dans la création »

 

Depuis 7 ans, Imane Ayissi est le Directeur artistique du Forum des Métiers de la Mode et du design du Cameroun, basé à Yaoundé. La conférence de presse de l’événement se tient aujourd’hui à Paris.

3 questions pour comprendre l’engagement d’Imane Ayissi pour la mode camerounaise.

 

Depuis de nombreuses années, vous collaborez avec le CCMC (Centre des Créateurs de Mode du Cameroun) pour lequel, plusieurs fois par an, vous animez des workshops, des ateliers de formation dédiés aux jeunes professionnels de la mode. Qu’enseignez-vous à ces élèves ?

Je leur apprends comment créer une collection, comment chercher l’inspiration, trouver un fil conducteur, ce qu’est un moodboard pour un créateur. J’essaie aussi d’aborder avec eux la question des tendances, sous un  autre angle. Certains, via les réseaux sociaux, la télévision, vivent à Yaoundé comme s’ils étaient à Paris. Mais ne serait-ce que parce que le climat n’est pas le même, que nous avons deux petites saisons chaudes et deux petites saisons quand vient la pluie, il faut savoir adapter ses propositions de mode. C’est la même chose avec les tenues traditionnelles, dont certaines sont très belles et peuvent être travaillées de manière plus contemporaines. S’adapter à son environnement, c’est la base.

 

On sait l’importance que vous accordez dans vos collections aux tissus issus du patrimoine textile africain. Vous revendiquez une forme de militantisme dans ce choix. Est-ce que c’est quelque chose que vous transmettez également ?

Absolument. Et je me prends souvent en exemple. Je ne suis pas obligé de valoriser des savoir-faire africains, mais je me sens responsable.  Je vais dans les marchés avec eux, on touche les tissus, je leur montre aussi comment j’ai parfois transformé des matières assez simples en textures plus sophistiquées, c’est important. Quand on leur demande de dessiner une collection, quand on leur donne un thème, même aussi éloigné du Cameroun que l’époque « Empire », ils peuvent se projeter sur des silhouettes à la Valentino ou Christian Dior. Mais je leur demande de ne pas oublier la femme camerounaise, le climat camerounais, les textiles et l’art de notre pays. L’enjeu, c’est aussi de développer sa créativité.

 

La confection, les tendances, c’est une chose. Est-ce que vous leur apprenez à vendre ?

La formation complète comprends d'autres workshops dont un consacré à cette question, animé par un spécialiste du marketing : comment commercialiser une collection, le marketing, le rapport à la clientèle. Moi, mon domaine est la conception d'une collection. Je parle aussi d’histoire de la mode, de culture. Je considère que c’est essentiel. Si on n’a pas la connaissance de ce qui s’est fait avant, si on ne connaît pas l’histoire de son pays, on se perd et ça se voit dans la création. La mode est d’abord le reflet d’une société et d’une époque.

Le CENTRE GEORGES POMPIDOU / BEAUBOURG

C’est le premier Musée que j’ai visité quand je me suis installé à Paris, en 1992. Construit il y a plus de 40 ans, le bâtiment reste d’une incroyable modernité avec cette idée de rendre décoratifs tout ce qui est normalement caché, comme les tuyaux par exemple. Il y a tout le temps de magnifiques expositions très inspirantes, mais j'aime surtout la partie Musée d'art moderne, avec un accrochage qui change régulièrement mais qui permet de voir les chefs d'oeuvre de Picasso, Matisse ou Jackson Pollock dont les toiles me font penser à certains tissus imprimés artisanalement, ceux que l'on trouve au Ghana par exemple.

Place Georges Pompidou – 75004 Paris.

 

Le faubourg Saint Denis

C’est dans ce quartier du dizième arrondissement que j’ai installé mes ateliers. J’y arrive le matin pour travailler mais c’est aussi mon show-room et donc là que je reçois mes clientes sur rendez-vous. Dans la journée, je sors peu car je me contente de grignoter des bonbons, des fruits secs, des biscuits mais le soir, j’adore m’attabler dans l’un des petits bars du quartier, très bobo, et regarder les looks défiler. C’est un repaire de modeux.

L’ENTRECOTE DE PARIS.

Je pourrai traverser Paris pour une bonne entrecôte. C’est une vraie découverte parisienne. Avant, il y avait un café en face de la station de métro Saint-Paul, à deux pas de chez moi, qui en faisait de délicieuses. Aujourd’hui, quand j’en veux une, je vais au pied du Théâtre de la Renaissance, au bistrot du même nom. La dimension artistique de l’endroit, qui est rattaché au théâtre, me parle et on s’y sent comme chez soi.

20 Boulevard Saint-Martin – 75010 Paris.

LA BOUTIQUE RICK OWENS.

J’aime énormément ce que fait ce créateur pour les hommes. Des vêtements presque « féminins », des chemises-robes, des blousons travaillés, des robes trapèze, un côté un peu rock and roll… Je lui ai acheté des blousons, des pantalons, des chaussures. Mes 2 pièces fétiches? Un blouson de cuir qui se ferme avec un zip sur le côté. Et un long manteau en laine noire. Le noir, tout le monde me demande pourquoi je ne porte que ça… J’aime la sobriété, les vêtements passe-partout, élégants. Et ça ne se démode jamais!

130-133, rue de Valois- 75001 Paris.

 

LA TARTE AUX POIRES DES JARDINS DU PALAIS ROYAL.

Je ne suis pas très « dessert » mais celui-ci m’a comme « choisi ». J’allais voir Didier Ludot, dont la boutique de robes couture vintage se trouve sous les arcades du Palais Royal, je me suis assis avec un ami au café Villalys qui est juste à côté, et j’ai choisi cette tarte par hasard. C’est devenu mon dessert! Je retourne souvent dans ce jardin pour le plaisir des yeux, pour voir les colonnes de Buren, que j’aime beaucoup, et je m’arrête.

30, rue de Montpensier- 75001 Paris

LE MARCHE SAINT-PIERRE.

C’est une institution. J’y vais parfois juste pour le plaisir des yeux. Entre deux rouleaux, il m’arrive même de croiser d’autres designers. Même si pour des raisons de suivi de tissus, je fais plus appel à des fournisseurs indépendants, quand j’ai des coups de cœur, je peux acheter plusieurs métrages ou des rouleaux. Ce marché me rappelle aussi un peu l’Afrique, même si les gens y sont plus … réservés (rires).

2, rue Charles Nodier – 75018 Paris

 

LA LIBRAIRIE GALIGNANI.

Avec la librairie du Musée Beaubourg, c’est l’une de mes préférées à Paris. J’y suis venu la première fois pour  acheter la revue « Drama », éditée à Londres et le magazine africain « Clam ». Depuis, j’y achète beaucoup de magazines très pointus, qui viennent du monde entier, notamment des Etats-Unis et de Grande-Bretagne ou des livres d’art. J’aime l’odeur du papier, les visuels, le graphisme, tout cela m’attire beaucoup. C’est par période, mais je peux y passer beaucoup de temps.

224, rue de Rivoli – 75001 Paris

 

LE PIED DE COCHON.

Quand maman venait à Paris, c’est dans ce restaurant qu’elle allait.  Quand je suis arrivé, j’ai moi aussi voulu y aller. Ce qui était incroyable, c’est que je pouvais me projeter dans son époque, imaginer les moments qu’elle avait pu vivre là. Un jour, le serveur a glissé et un pied de cochon a atterri sur mon pantalon, comme s’il m’avait visé. Je ne lui en ai pas tenu rigueur, j’y retourne quelques fois (rires).

6, rue Coquillière – 75001 Paris

DEAMBULER DANS LES RUES DE PARIS.

Marcher, c’est un des plaisirs de Paris. Avec mon amie Katoucha, nous marchions tous les deux beaucoup. Nous avions des rituels toutes les semaines. On se retrouvait vers Montorgueuil, on prenait des verres et on marchait…

 

LE CHATELET.

J’adore cette place avec ses deux théâtres, situés l’un en face de l’autre et qui semblent se parler. Pour moi, ce lieu, c’est le centre de Paris. On voit la rive gauche depuis la rive droite. D’un côté, il y a la Conciergerie, de l’autre, le Louvre, un peu plus loin. Et puis la Seine, l’Hôtel de Ville, non loin, les quais où habitent de grandes familles parisiennes, comme les Vilmorin… En même temps, ce lieu, situé non loin du Forum des Halles, brasse des populations très diverses. Couleurs de peaux, coiffures… J’aime regarder les gens passer. Pour ça, je m’attable au café Sarah Bernarhdt*. Et j’imagine la femme qu’elle fût, courageuse, audacieuse, brillante, avant-gardiste.

2 Place du Châtelet – 75001 Paris.

 

LE PALAIS GALLIERA

C’est LE musée de la mode de la Ville de Paris ! Un écrin pour les savoir-faire de la haute-couture. Le bâtiment lui-même, un hôtel particulier de la fin du 19ème est très intéressant. Et les expositions y sont toujours très intéressantes. Je me souviens en particulier de celle consacrée à Azzedine AlaÏa. Elle était pleine d'émotions parce qu'elle réveillait des souvenirs de robes que j'avais vues dans la presse dans mon adolescence et qui me faisaient rêver. Je pense par exemple à sa collection en collaboration avec Tati "Les plus bas prix de Paris" et dont les vêtements reprenaient les célèbres carreaux rose et blanc de l’enseigne. Ou toutes les robes emblématiques portées par les mannequins et les stars que j'admirais comme Grâce Jones, Katoucha, Naomi Campbell, Farida, ou Tina Turner... Pour moi, c'est ça Paris ! La capitale de la mode, cette créativité qui vient d'ailleurs et qui s'accorde si bien avec ses avenues, ses monuments, ses cafés...

10, avenue Pierre 1er de Serbie – 75001 Paris

 

LES BAINS DOUCHES.

Bien-sûr, la boîte de nuit d’hier n’existe plus aujourd’hui. Mais ça reste une référence. Quand j’étais mannequin, l’agence nous obligeait à y aller. J’allais donc danser avec mes amis Katoucha et Rebecca Ayoko. On y faisait de belles rencontres. J’y ai croisé Grace Jones, Paco Rabanne, Kenzo, Vanessa Paradis… A cette époque, c’était formidable : les stars sortaient sans crainte. Aujourd’hui, elles sont toutes entourées de body-guards.